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06 juin 2006

Bagan (centre Birmanie) - arrivee le 18/05/06

Lorsque je m'installe dans le train qui doit me conduire de nuit jusqu'a Bagan, je m'attend a un voyage plutot calme et reposant en comparaison avec les dix heures de bus sur routes defoncees que j'ai passees plus tot dans la journee, d'autant plus que les sieges de premiere classe, a defaut d'etre confortables (en bois recouvert de skai...), s'averent tres spacieux et permettent une position confortable.
Losque le train se decide finalement a partir apres deux bonnes heures d'attente interminable dans la gare, je suis trempe de sueur, epuise par la chaleur et je me rejouis de l'air frais qui commence a entrer par les fenetres grandes ouvertes. Mais nous sommes a peine sortis de gare que je commence a realiser que le voyage ne va pas etre de tout repos. La suspension des wagons doit a voir un bon demi-siecle de vie, car elle ne se contente pas d'absorber les chocs, mais plutot de les repercuter en rebonds incessants avec une amplitude tres forte. C'est assez comique de voir tout les passagers du wagon qui decollent et ratterissent au rythme des oscillations verticales. Des que le train prend un peu de vitesse, (ce qu'il fait assez rarement heureusement), ces balancements verticaux se transforment en mouvements lateraux, et le roulis balade maintenant tout le monde de droite a gauche, avec une telle amplitude que je me demande serieusement quel est l'angle limite avant que le train ne "decroche". Tout les bagages sont vite par terre, et j'accroche tant bien que mal mon sac a dos qui pourrait facilement assomer quelqu'un. Je finis par m'endormir, pour me reveiller avec un mal de mer insuportable alors que le train est arrete en rase campagne. J'ai juste a passer la tete par la fenetre pour rendre mon repas, ce que je m'empresse de faire, tout en realisant avec surprise que c'est la premiere fois que j'ai le mal de mer... Un birman vient tout de suite me preter assistance, il me fait un massage des epaules alors que je suis encore penche par la fenetre qui me procure immediatement une sensation de bien-etre et je vais tout de suite beaucoup mieux. Apres avoir bu une boisson sucree qu'un autre de mes voisins m'a offerte, je me rendors comme un loire pour me reveiller seulement le lendemain matin en gare d'arrivee.
A Bagan, je me passe mon temps a me ballader en velo au milieu des 3000 temples dissemines sur une plaine semi-desertique. Je m'attendais a trouver ici des cohortes de touristes, mais l'atmosphere est etrangement calme et j'ai souvent l'impression de me promener au milieu des ruines d'une civilisation extra-terrestre. C'est aussi ici que j'ai ete invite a diner dans l'endroit le plus "rustique" dans lequel je n'etais jamais alle, puisque la cabane sur pilotis se trouvait au-dessus de la couche des cochons ! autant dire que c'est assez special de manger tout en pouvant apercevoir a travers les trous du plancher les porcs eux aussi en train de diner... sans parler des bruits et des odeurs, pas toujours tres apetissants.
Pour finir mon sejour en Birmanie, je me suis pose deux jours sur une plage sur la cote ouest, ou j'ai eu la mauvaise surprise de constater qu'un cyclone etait passe par la quelques jours plus tot. Malgre cela, l'endroit, tres prise de la bougeoisie birmane, etait plutot anime et a peine arrive je me suis retrouve en train de descendre des bouteilles de whisky local sur la plage avec des birmans... j'ai passe le reste de mon temps a bouquiner "Burmese days" de George Orwell, excellent livre dont l'histoire se deroule a Katha (voir plus bas...).

Hsipaw (est Birmanie) - arrrivee le 12/05/06

Comme de coutume en Birmanie, le trajet pour se rendre d'un point a un autre pourrait constituer un but en lui-meme, car il offre souvent un spectacle passionnant, celui d'une tranche de vie a la birmane, sans la mise en scene souvent reservee au tourisme.
Laissez moi donc vous decrire un trajet typique en bus. Le bus, tout d'abord, est en general vieux de quelques decennies, ce qui ne l'empeche pas d'avoir un aspect robuste plutot securisant accentue par les enormes roues tout terrain et le chassis sureleve. A l'interieur, les sieges sont accroches tres haut, ce qui permet de charger dessous une bonne couche de cartons sur toute la surface du plancher. La place pour les jambes s'en trouve fortement diminuee, et en general j'avais les genoux au niveau de menton pendant la plupart de mes deplacements. Dans le dernier tiers arriere du bus, il n'y a carrement pas de sieges, la place etant reservee aux chargements plus volumineux que les cartons... qui occupent egalement l'allee centrale. Aucun centimetre carre n'est donc perdu, et meme le volume entre le siege du chauffeur et la porte d'entree du bus est utilise, puisque viennent s'y entasser tant bien que mal tous les passagers "courte distance". En effet, en plus de couvrir le trajet officiel entre deux villes assez eloignees, le bus fait aussi office de bus local, puisque n'importe qui au bord de la route peut faire signe pour qu'il s'arrete et descendre 500 metres plus loin.
Voila pourquoi un bus peut mettre dix heures pour faire 100 kilometres... sans oublier qu'il faut aussi decharger toutes les marchandises, le bus se transforme alors en camion de livraison, passant d'un magasin a l'autre pour apporter les commandes. En ajoutant a cela le risque d'avoir la route bloquee par un camion retourne ou tout simplement en panne, et il faut en gros prevoir une bonne journee pour une distance couvrable en une heure dans nos contrees...
Particulier aussi, le nombre de vendeurs ambulants le long des routes qui arrivent en courant, un plateau sur la tete, des qu'un bus s'arrete quelques instants. Ils se mettent alors a crier alors de maniere repetitive en presentant leurs mets sous les fenetres jusqu'au dernier moment, en esperant que quelqu'un se decide finalement a acheter quelque chose. Il faut dire que les birmans mangent beaucoup et souvent (tant qu'ils en ont les moyens bien entendu), et ils n'hestitent pas a acheter quelque chose a grignoter des que l'occasion se presente.
Arrive a Hsipaw, je me renseigne tout de suite sur les possibilites pour me rendre a Nahmsan, petit village perdu en pleine montagne. On me dit que peut-etre un bus passera le lendemain, il faut que j'attende sur la route a partir de six heures du matin. A midi, toujours pas de bus, et on finit par me dire qu'en raison du mauvais temps (il pleut des trombes d'eau depuis 2 jours), la route est probablement bloquee. A ma question de savoir s'il y a des chances pour que la route soit degagee le lendemain, on me repond de maniere enimagtique "Peut-etre demain ou dans une semaine...". Sachant que le probleme risque d'etre le meme au retour, je me resigne a rester a Hsipaw, en me promettant que la prochaine que je viens en birmanie je commencerai par me rendre a Nahmsan.
A Hsipaw, je rencontre un francais qui etait la depuis quelques jours et qui voulait lui aussi initialement se rendre a Nahmsan. On decide de partir pour un petit trek ensemble, apres avoir convaincu le reponsable de la guesthouse qu'on n'avait pas besoin de guide. On aura quand-meme du attendre une journee de plus, afin qu'il se renseigne sur la situation militaire de la zone dans laquelle nous devions nous rendre.
On arrive au village apres 5 heures de marche a bon rythme, et on commence par en faire le tour tranquillement, tant pour visiter que pour essayer de trouver un endroit pour dormir. Je suis surpris de constater que beaucoup d'enfants (les plus jeunes) fondent en larmes ou s'enfuient en courant des qu'ils nous apercoivent. Les plus ages sont plus a l'aise et nous lancent des "hellos" a tout-va. On est bientot encercle de petites tetes curieuses et amicales, mais pas d'adultes, qui doivent probablement encore etre dans les champs a cette heure-ci. On rencontre finalement une femme tres souriante et tres timide a qui lorsque on lui fait le signe "dormir" nous repond par le signe "ma maison". Nous la suivons donc, et nous nous retrouvons donc dans la maison ou elle vit avec son mari et ses deux enfants, maison qui s'averera en fait etre le troquet du village. En fin d'apres-midi, les hommes commencent a defiler, pour boire une eau de vie locale et fumer des cigarettes (qu'ils fument avec une pipe a eau !), mais aussi pour miser sur le numero qui leur apportera peut-etre fortune, a un jeu apparement importe de thailande qui remporte ici un franc succes. Le principe est le suivant : dans un petit livre contenant une liste de centaines d'images associees a des numeros, il faut retrouver l'image se rapprochant le plus possible d'un reve fait la veille et miser sur le numero correspondant, ce qui peut rapporter jusqu'a 700 fois la mise.
Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises : alors que nous sommes dans ce petit village tres isole ou les gens semblent vivre comme nous vivions au moyen age, a 20 heures precises, nos hotes sortent pour allumer un groupe electrogene qui sert a allimenter en courant... un systeme de karaoke ! bientot tout le village se presente, rassemble au son des deux grosses baffles utilisees au maximum de leurs capacites. Tout le monde s'assoie devant l'ecran apres s'etre acquite d'un petit droit d'entree, et ceux qui le veulent commencent a chanter chacun leur tour des tubes birmans accompagnes de clips bien kitchs (ceux-la doivent par contre payer un peu plus... la patronne a le sens du commerce...). Meme les moines viennent s'encanailler et fumer quelques cigarettes avant de s'endormir au milieu de la salle.
En montant me coucher, j'ecrase malencontreusement une poule qui dormait dans l'escalier et son cri surgi de l'obscurite me provoque une belle frayeur... Le tapis en bambou pose a meme le plancher qui devra me servir de lit est apparement lui aussi pas mal aprecie des poules puisque je dois virer quelques unes de leur chiures avant de m'allonger...
Nous sommes reveilles vers quatre heures par le coq qui se trouve dans la piece a cote et dont les cris sont bentot relayes par les hennissements ds chevaux de l'etable juste en dessous qui ont l'air affames.
Apres un bon petit dejeuner et une vaine tentative de donner quelque chose a nos hotes pour la nuit et les repas, nous redenscendons ravis de cette etonnante viree.

Mandalay (centre-nord Birmanie) - arrivee le 10/05/06

En arrivant a Mandalay, un des quatres grands poles touristiques de Birmanie (les trois autres sont Yangon, Inle Lake et Bagan), je m'installe dans un hotel plutot confortable pour me reposer un peu apres ces dix jours aussi passionants qu'extenuants.
Je loue un velo , et malgre son etat pas tres engageant, je me decide a partir un matin pour rejoindre Amlapura, site historique pas vraiment interressant en soi (je n'ai meme pas trouve les ruines portant ce nom en fait), mais qui se trouve a proximite d'un magnifique lac traverse par le plus long pont en tek du monde (1,5 km). L'endroit est superbe, et mes efforts pour amener le velo jusqu'ici sur une route defoncee et poussiereuse sous une chaleur ecrasante en me faisant doubler sans cesse par des camions et bus surcharges crachants des nuages de fumee noire s'averent amplement recompenses.
Je passe quelques heures a observer le defile incessant des villageois et des moines (ces derniers sont plusieurs miliers a habiter dans les environs) empruntant le pont a pied ou a velo et a me promener dans les environs pour observer la vie paisible menee ici.
Les deux jours suivants seront passes a flaner en ville, a visiter paresseusement quelques pagodes (a ce stade, je commence a saturer serieusement des pagodes, qui pullululent literallement en Birmanie, y compris en pleine campagne, ou il est d'ailleurs toujours surprennant au milieu de petits villages composes de cabannes en bambous de voir troner fierement une pagode de dix metres de haut entierement recouverte d'or...) mais aussi a experimenter la conduite de nuit d'un velo dans des rues innondees de 20 cm d'eau, sans eclairage public, avec un parapluie dans une main pour tenter de proteger un maximum des trombes d'eau mon sac contenant a peu pres tout ce qui ne doit surtout pas etre mouille, tout en gerant une circulation plutot chaotique et en essayant de retrouver ma route... j'etais hilare et quelques conducteurs de tricycles que j'ai croise ont vraiment du me prendre pour un fou en me voyant rigoler tout seul dans une situation qu'ils n'avaient pas l'air de trouver particulierement drole !
Sur un plan plus social, j'ai rencontre une institutrice avec qui j'ai longuement discute, qui m'a raconte un peu son histoire et decrit les conditions dans lesquelles elle enseigne, et je dois dire que j'ai ete impressione par sa force de caractere et sa determination a aider les enfants a avoir un minimum d'education. Elle a passe son enfance dans la rue, son pere etant decede et sa mere ne pouvant travailler pendant de nombreuses annees a la suite d'un accident (pas de protection sociale evidemment en Birmanie...). Malgre cela elle a toujours garde la motivation d'aller a l'ecole, ce qu'elle a pu faire de maniere intermittente durant son adolescence, puis de prendre des cours d'anglais, ce qu'elle fait toujours grace a une association. Ses journees sont donc aujourd'hui partagees entre les cours qu'elle donne aux enfants des rues (elle a une classe de 120 eleves, qui doit regulierement fermer des que trop d'enfants tombent malades, par crainte d'epidemie...) auquels elle tente difficilement d'apprendre a lire et a ecrire, et son etude intensive de la langue anglaise, qu'elle parle extremement bien. Petite annecdote, il lui a fallu cinq ans d'economie pour acheter son velo, et elle a bien cru qu'elle n'y arriverait jamais, car a chaque fois qu'elle retournait au magasin avec la somme correspondant au prix qu'elle avait vu precedemment, celui-ci avait quasimment double, ce qui l'obilgeait a economiser de nouveau une annee de plus... et ainsi de suite jusqu'a ce que l'inflation se stabilise un peu.
A propos de monnaie, il semble que les generaux qui dirigent le pays ne se soucient pas trop de politique economique, puisqu'ils ont recemment multiplie du jour au lendemain par trente (ou cinquante, les informations ne sont pas tres precises) le salaire de tous les fonctionnaires du pays, ceci en emmettant tout simplement de nouvelles devises. L'inflation a donc explose, puisque tous ces nouveaux riches en ont profite pour consommer sans retenue, et le taux de conversion du kyat en dollars est passe de 900 a 1400 kyats pour 1 dollar en quelques mois. Il faut savoir que le systeme de paiement est assez folklorique, la plus grosse coupure etant de 1000 kyats et aucun paiement par carte bancaire ou autre n'etant possible, mise a part la plupart des hotels qui ont des tarifs en dollars et qu'on peut donc payer dans ces coupures. En arrivant a Yangon, j'ai donc du changer 200 dollars, pour lesquels j'ai obtenu 200 billets de 1000 kyats et 160 billets de 500 kyats... autant dire qu'un portefeuille ne suffit pas, il faut carrement un sac a dos pour transporter tout ca. Le change se fait evidemment au marche noir, car au taux gouvernemental (propose a l'aeroport par exemple), on obtient seulement 450 kyats pour 1 dollar !!!


29 mai 2006

Shwebo (Nord Birmanie) - arrivee le 08/05/06

Vingt-quatre heures de ferry... cela me semblait enorme vu la distance a parcourir (moins de 200 km), mais j'ai vite compris pourquoi cela prenait autant de temps : en realite, apres avoir navigue quelques heures en fin d'apres-midi, le ferry s'arrette tout simplement pour passer la nuit.
En achetant le ticket, je me suis laisse convaincre par l'agent du bureau d'acheter un billet en cabine au lieu du billet ordinaire qui ne donne meme pas le droit a un siege (c'est aussi en voyant la foule sur le bateau arrivant que je me suis decide pour la cabine, qui me permettait d'avoir un espace vital un peu plus grand...), malgre une difference de prix enorme.
Une fois parti, je regrette mon choix car sur le pont superieur, non couvert, il y a beaucoup de place et le petit vent frais de la riviere est bien plus agreable que l'air chaud que distille le mini ventilateur de la cabine.
Une fois le bateau arrete pour la nuit, je m'installe donc a la belle etoile sur le pont, rageant d'avoir depense autant pour une cabine que je n'utilise pas (surtout une fois le bateau arrete, plus d'electricite donc plus de ventilateur, la chaleur est intenable dans la cabine). Mais la beaute du ciel etoile et la petite brise fraiche me font font vite oublier et je tombe rapidement dans un sommeil profond.

Je suis reveille en sursaut a deux heures du matin par un eclair qui eclate juste au dessus de ma tete (c'est l'impression que j'ai eue en tous cas...) et j'ai juste le temps de me precipiter dans la cabine avant que des trombes d'eau ne s'abattent sur le pont. Finalement je suis bien content d'avoir un lit et un espace a moi, car sur les ponts couverts, je vois difficilement comment j'aurais pu trouver une place entre les marchandises et tous les gens serres les uns contres les autres.
En tant qu'etranger, j'ai eu le droit a tous les honneurs, puisque j'ai ete invite a picoler dans les quartiers du capitaine avec le chef ingenieur et le chef de la securite les deux soirs de la traversee. Au menu, biere et rhum, avec quelques amuses gueules pour faire passer, le tout en regardant des feuilletons birmans style "amour gloire et beaute" sur un ecran sony avec le son a fond.
Le deuxieme soir j'ai essaye de pas etre trop bourre, car apres le ferry j'avais encore une heure de trajet par la route pour arriver a Shwebo, de nuit, et meme si ce n'est pas moi qui conduisait, je voulais au moins etre capable de mettre mon sac a dos sur le toit sans me casser la figure.
Le trajet en question a ete plutot violent, le pick-up etait surcharge, j'etais assis sur des sacs de legumes, et oblige de me tenir recroquville au maximum pour ne pas m'exploser la tete sur la structure metallique du toit lorsque le pick up decollait en franchissant un pont un peu vite. Je m'en suis quand meme sorti avec deux ou trois bonnes bosses sur le crane et des crampes aux bras a force de m'accrocher pour decoller le moins possible.

A Shwebo rien de tres particulier, mis a part un marche tres anime dans lequel je me suis retrouve en train de jouer a un jeu ou les des sont remplaces par des coquillages. Les montants mises etaient plutot faibles pour moi donc je me suis vite prete au jeu, mais quand un des jeunes avec qui je jouait m'a dit en rigollant que si la police passait ils allaient nous arrreter, je decide d'ecourter la partie et de continuer ma promenade.


Katha (Nord Birmanie) - arrivee le 04/05/06

Les sept heures du trajet en bateau sont finalement passees assez vite, j'ai partage mon temps entre admirer un paysage superbe et discuter avec mon voisin de derriere, un moine hyper sympathique. Tres cultive aussi, je dois dire que j'ai ete impressionne lorsqu'il m'a demande si la Seine etait aussi propre que l'Ayeryawadi (la riviere sur laquelle on naviguait) ou lorsqu'il m'a parle de livres ecris par des auteurs francais dont je n'avais jamais entendu le nom...
A Katha, pas d'hotel moderne comme celui de Bhamo, je loge dans une chambre dans laquelle tient tout juste une petite couche, et la douche commune consiste en un grand bac d'eau dans lequel on rempli une petite ecuelle qu'on se verse sur la tete... cela en evitant de marcher sur les cafards qui vous tournent autour... tres rustique mais cela ne m'a pas empeche de bien dormir.
Le lendemain, je suis invite a visiter le monastere, et je passe la matinee a discuter avec les moines, qui montrent un grand interet a mon egard puisqu'ils m'expliquent que c'est la premiere fois qu'un etranger penetre ici. Il faut dire que le monastere est a une bonne heure de marche de la ville et je n'aurais jamais eu l'idee de m'y rendre par moi-meme. Je dejeune ensuite dans une petite maison proche du monastere, ou on a prepare un repas pantagruellique en mon honneur. Je retourne en ville apres des au-revoirs un peu difficiles avec les moines, mais on se promet de rester en contact (ils doivent se rendre a Mandalay le mois prochain ou ils pourront ouvrir un email).
En fin d'apres-midi le ferry que je dois prendre pour naviguer vers Shwebo arrive et je me prepare a passer 24 heures a son bord...

Bhamo (Nord Birmanie) - arrivee le 01/05/06

C'est a bord d'un bus baptise "Chelsea FC" (marque en ennorme sur les ailes) que je passe les 8 heures de trajet pour Bhamo. Le conducteur/propriaitaire est un personage un peu dejante mais tres sympathique, et je discute pas mal avec lui pendant le trajet. J'ai entre autres essaye de le convaincre de lever un peu le pied dans les virages sans visibilite qu'il prend a la corde, mais sans succes... A propos de conduite, petite originalite birmane, les volants sont a droite, mais la conduite se fait elle aussi a droite (apparement cela a change du jour au lendemain pour une question d'astrologie...), pour doubler les camions ce n'est donc pas toujours evident, et les chauffeurs de bus sont assistes par quelqu'un qui reste debout du cote gauche, passant la tete par la porte du bus pour signaler d'eventuels vehicules arrivant en face. Je suis en tous cas epate par les capacites tout terrain du bus "made in china", capable de gravir des pentes boueuses tres raides ou franchir des petites rivieres sans trop de difficultes.
Le chauffeur va aussi me surprendre lorsqu'il se met a critiquer ouvertement l'armee et le gouvernement devant les passagers, chose plutot rare en Birmanie ou ce genre de manifestation en public est passible d'emprisonnement. Les passagers sont tres genes, et une femme me fait un signe pour m'expliquer qu'il est fou, mais apparemment cela le fait rigoler et il en remet meme une couche.
Arrive a Bhamo, je suis etonne de me retrouver dans un hotel plutot moderne compte tenu de l'isolement de la ville, mais on m'explique que la frontiere chinoise n'est pas loin et qu'il y a donc pas mal de marchands qui se rendent ici.
C'est une petite ville tranquille ou la encore la riviere est tres presente, et je passe pas mal de temps a me ballader sur les berges. Pas si tranquille que ca en fait, puisque j'ai ete reveille a trois heures du matin par le brouhaha venant de la rue en raison de la mise en place du marche. J'ai halucine lorsque j'ai constate qu'il y avait quasiment autant de monde dehors qu'en pleine journee. On m'expliquera ensuite que le marche commence tres tot car il n'y a pas d'emplacements reserves, donc c'est a celui qui arrivera en premier...
Sur le port, je rencontre un birman avec qui je discute assez longuement de la situation de son pays et qui lui aussi va se mettre a critiquer ouvertement le regime en place. Il me montre les cicatrices qui entourent ses poignets et m'explique qu'il les a "gagnees" lors d'une manifestation pro-democratie au cours de laquel il a ete arrette puis suspendu au plafond par les menottes pendant une journee entiere, sans boire ni manger.
Il finit par me demander si je peux l'aider a sortir du pays et a aller parler a la BBC pour mobiliser la communaute internationale... je dois lui expliquer que je n'ai absolument aucune idee de comment je pourrais m'y prendre...
A des nombreuses reprises j'aurai par la suite ce genre de conversations avec des birmans, et je dois dire que c'est la seule maniere pour un touriste de se rendre compte de cette realite. Toutes les zones sensibles du pays sont interdites d'acces aux etrangers, par consequent il serait facile de penser que la situation n'est "pas si terrible que ca" en voyageant en Birmanie sans trop chercher a communiquer avec les autochtones.
J'embarque finalement sur un "speed boat" qui doit m'ammener a Katha, toujours plus au sud.

Myitkyinia (Nord Birmanie) - arrivee le 29/04/06

Petite ville du nord de la Birmanie, Myitkyinia est la destination la plus eloignee de Yangon qui soit encore accessible aux etrangers sans autorisation particuliere. Plus au nord, il y a Putao, qui est est la porte d'entree d'une des regions les plus isolees de la planete, la partie birmane de la chaine de l'hymalaya (ce qui en fait une destination de reve pour des treks pouvant durer jusqu'a plusieurs semaines), malheureusement le delai pour obtenir le permis de s'y rendre est de deux ou trois semaines, ce qui n'est pas compatible avec mon calendrier... une prochaine fois peut-etre.
La vie tres paisible des habitants s'organise principalement autour de deux poles, le marche et la riviere, l'Ayeryarwadi. C'est au bord de cette derniere que je passerai le plus de temps, sur la terrasse naturellement ventilee d'un restaurant qui la surplombe, a m'impregner du calme et de la simplicite qui reignent ici, un sourire jusqu'aux oreilles tant je me sens detendu et relaxe. Les enfants passent leurs journees a jouer dans l'eau autour des epaves qui jonchent les berges, les femmes discutent en lavant leur linge, de temps en temps une barque vient decharger quelques marchandises, et en fin de journee nombreux sont ceux qui viennent se laver dans la riviere. Les tables autour de moi sont utilisees principalement pour boire des bieres puis faire la sieste et je dois reveiller le serveur quand j'ai envie de commander quelque chose...
C'est ici que je commence a realiser a quel point l'hospitalite et la gentillesse sont des traits communs du caractere birman. Je passe mon temps a discuter avec des gens dans la rue, et alors que je suis apparement le seul etranger dans la ville, je ne me sens absolument pas seul. Un tailleur que je rencontre au marche m'invite a diner chez lui le soir meme, dans un petit village a l'ecart du centre. Immersion totale, la maison est en bambou, le sol en terre, un seul lit pour lui, sa femme et ses deux filles, l'eau est puisee dans un puit et la cuisine preparee dans le jardin sur un four en terre. Le neon qui sert d'eclairage est alimente par une batterie de camion et de nombreux insectes de toutes formes et tailles viennent s'y cogner. Il m'offre en aperitif du rhum local, que je fais passer avec du the (je lui ai explique qu'il etait trop risque pour moi de boire l'eau du puit...), et on a le droit a une mangue du jardin comme amuse-gueule (elles sont mangees vertes, avec du sel et du piment, tres bon). Le diner qui suit sera tres simple mais tres bon. Sur le chemin du retour, nous nous arretons dans une sorte de fete foraine, ou la quasi totalite des atractions (mise a part une "grande roue" de cinq metres de haut maximum) est composee de jeux de hasard assez simples, ou les jeunes jouent leur argent de poche en criant pour essayer d'influencer la trajectoire de la boule ou les rebonds des des. J'essaie pour la premiere fois de macher du betel, et n'ayant pas vraiment apprecie le gout ni la douleur provoquee au niveau de mes dents, je decide que ce sera la derniere. Les birmans sont des gros consommateurs de cette chique, environs deux hommes sur trois je pense (et tres peu de femmes par contre), et quand on ne connait pas, c'est assez effrayant de voir pour la premiere fois quelqu'un cracher un gros jet de sang dans la rue (qui n'est bien sur pas du sang, mais qui en a vraiment l'apparence). Tous les bar et restaurants sont equipes de crachoirs, et je peux vous assurer que je n'aimerais pas etre a la place de celui qui est charge de les collecter, vider et nettoyer en fin de journee... Au debut, j'etais un peu degoute je dois l'admettre par les sourires "sanglants", mais je m'y suis vite fait et cela ne me gache plus l'effet du sourire en lui meme.
Les femmes birmanes, faute de macher du betel, ont pour particularite de se maquiller avec du Tanaka, sorte de poudre blanche melangee avec de l'eau qui fait aussi offfice d'ecran solaire et de creme protectrice. La plupart l'appliquent sur les pomettes et parfois sur le nez de maniere assez rudimentaire, mais il m'est arrive d'en voir maquillees avec des motifs beaucoup plus travaillies. Les femmes qui travaillent comme ouvrieres dans le batiment ou a l'entretien des routes (etonnement nombreuses) ont quant a elles le visage qui en est entierement recouvert, et je me suis surpris a leur trouver une certaine beaute, ce masque blanc accentuant ennormement l'intensite de leur regard.
Pour me rendre a Bhamo, ville plus au sud le long de la riviere, je comptais utiliser un bateau, malheureusement nous sommes en fin de saison chaude et la riviere n'est pas assez profonde par endroits, ce qui rend la navigation imposible pour relier ces deux villes.

25 mai 2006

Yangon (Birmanie) - arrivee le 26/04/06

Mon premier jour a Yangon m'a donne un sacre avant gout de ce que j'allais vivre durant les quatre semaines suivantes dans ce magnifique pays. Une fois installe a l'hotel, je decide de commencer tout de suite ma visite de la ville. Je commence donc a marcher au hasard comme j'ai pris l'habitude de faire, et je debouche bientot sur une grande avenue plutot animee. La circulation est d'un calme surprenant en comparaison avec Bangkok, ici beaucoup moins de voitures, et beaucoup plus de velos et des mobylettes qui se deplacent de maniere tres fluide en raison de la largeur plus que suffisante de l'avenue. C'est sur les trottoirs, a l'ombre des arbres (la ville est tres verte), que la vie bat son plein. Les teashops, vendeurs de rues et etals proposant des nourritures diverses et variees se succedent, et les gens sont nombreux assis sur de minuscules tabourets en plastique (environs 10 cm de haut) assortis a des tables presque aussi petites, tranquillement en train de boire un the, discuter ou manger.
Mais ce qui est frappant, c'est le regard qu'ont les gens sur moi,qui me donne au vraiment au debut l'impression d'etre un extra terrestre. Il est vrai qu'il y a peu de touristes, en fait mis a part dans certains quartiers, j'ai souvent l'impression d'etre le seul etranger a me promener, ce qui explique l'attention que me portent les habitants.
Mais beaucoup ne se contentent pas de me devisager ou de me dire bonjour, et je decouvre vite a quel point ils adorent communiquer avec les etrangers. Des le premier soir, je me retrouve a boire des bieres avec trois birmans avides d'en savoir un maximum sur mon pays. C'est ce qui est formidable ici, et ce sera une constante tout au long de mon voyage, la gentillesse des gens et leur motivation a echanger des connaissances, se lier d'amitie, et tout faire pour que mon sejour se passe pour le mieux. Ainsi je serai quasiment tous les jours invite soit a diner, a boire un verre, ou simplement a discuter, et mis a part a Yangon ou mes tournees de biere etaient facilement acceptees, il etait ailleurs quasiment impossible de payer quoique ce soit aux gens qui m'avaient recu ou emmene au restaurant.Le lendemain j'ai visite la Shwedagon Paya, vraiment impressionante, c'est une stupa (batiment en forme de cloche) de 98m de haut entierement recouverte d'or (10 tonnes !...), et entouree de nombreuses pagodes, elles aussi pour la plupart en or. Le lieu est assez magique, surtout a la tombee de la nuit, et apres m'etre assis un moment pour observer tranquillement, je me suis vraiment cru en train d'halluciner tant l'atmosphere etait ireelle, la lumiere saturee de dore, le calme des gens venant se receuillir, avec en bruit de fond les prieres et chants qui se melangent harmonieusement.
Le jour suivant, je rencontre un jeune qui me propose d'aller visiter un petit monastere de son quartier. Les moines sont ravis de m'accueuillir et nous faisons la conversation pendant deux bonnes heures, moi assis au milieu d'eux en train de repondre a toutes leurs questions, eclaires a la bougie dans le vieux monastere tout en bois. La encore un moment inoubliable.
Ensuite depart en avion pour Myitkytina, au nord de la Birmanie, ou doit commencer mon itineraire qui me fera traverser le pays, avec pour seule contrainte (et seul plan) d'etre de retour a Yangon le 24 mai pour voler vers Calcutta.